CUISINE ET CONVERGENCE

Avec la place qu’occupe la cuisine dans le paysage médiatique, télévisuel, voir littéraire, difficile de ne pas se poser la question de ses finalités et de son statut... Quand il en est question, on assiste souvent au manichéisme de deux idées ; assez surprenantes au fond. Les choses se résument ainsi : soit la cuisine est un art, soit elle n’en est pas…
Dans cette catégorisation, on trouve d’un côté les avis défendant l’idée que la cuisine est un geste esthétique, au sens large, animé par l’imagination et fruit d’un pur acte créatif. De l’autre, on pense plutôt qu’elle est une tradition populaire plongeant ses racines dans l’artisanat plutôt que l’art, et apparaissant à ce titre comme une discipline ludique, élaborées, certes, mais « secondaire » dans son essence.

La cuisine, un art ?      

Sébastien Stoskopff. Nature morte à la tête de veau signée et datée de 1640 (Huile sur toile, 87 x 122cm. Saarbrücken, Saarland-Museum


Il est significatif de voir que le débat, quand il se produit, se polarise systématiquement autour de la nature artistique ou non de la cuisine. Il aurait pu se cristalliser aussi bien sur son rôle social, éducatif, voir symbolique. Pourtant, ce n’est pas le cas. L’architecture, la sculpture, la peinture, la danse, la musique, et le cinéma sont-ils des arts comparables à la cuisine ? Peut-on y créer des hiérarchies afin d’y aménager une petite place au chaud pour les macarons ou la poularde aux truffes ?
Pas sûr… Et, probablement, la question est ailleurs.


Alors que fait la cuisine, in fine ?
En ramenant les choses à l’essentiel, la cuisine part du disparate, du singulier (les produits, les gestes techniques, le « savoir ») pour aller à l’unité (la recette, un ensemble abouti)
Elle joint, intègre, agrège des éléments matériels et symboliques souvent hétéroclites pour converger vers un tout cohérent et harmonieux : la recette. Pas plus, pas moins.
Le véritable principe agissant en cuisine n’est pas tant l’art, la tradition ou l’inspiration, que la convergence… La convergence, seule force capable de faire « marier les saveurs qui s’aiment », à l’image du délicat mariage des « notes qui s’aiment », qu’évoquait WA. Mozart dans ses lettres…